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Bataille de Morat
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Le 22 juin 1476, l'armée suisse débouche devant la ville de Morat assiégée par l'armée de Charles le Téméraire. Quelques semaines auparavant, le 2 mars, l'armée du Grand Duc d'Occident a été mise en déroute par les Confédérés à Granson. Malgré cet échec cuisant, surtout du point de vue prestige acr lespertes bourguignonnes ont été légères, Charles ne renonce pas à faire plier les rudes montagnards suisses. Fin mai, c'est une armée bourguignonne reconstituée de 15 000 hommes au faite de sa puissance qui quitte la région de Lausanne avec pour objectif Berne, cité la plus influente de la Confédération. Le 9 juin, elle débouche devant la ville fortifiée de Morat sur le lac du même nom, dont la garnison, en prévision de cette invasion, a été renforcée par 1500 Bernois commandés par Adrian von Bubenberg. Tout en débutant le siège de la place, le Téméraire prend des dispositions au cas où une armée de secours surgirait : il fait dresser, pour couvrir les axes d'approche de la ville, des palissades de rondins renforcées de pièces d'artillerie, sur lesquelles il espère que les assauts des colonnes suisses viendront se briser. Une première, entre le bois de Morat et la ville, couvre les troupes conduisant le siège. Une seconde au sud, appelée le "Grünhag" et s'appuyant sur un plateau, dont les pentes dégagées sont favorables à l'emploi de l'artillerie et de la cavalerie bourguignonnes, protège son camp. Le 18, après un intensif bombardement d'artillerie qui ouvre plusieurs brèches dans les remparts, un assaut est tenté sur la ville, mais après 8 heures de furieux combats, les Bourguignons sont contraints de se replier, laissant 1 000 des leurs sur le terrain. A plusieurs reprises du 15 au 21, l'arrivée d'une armée de secours étant signalée, les Bourguignons se déploient sur le Grünhag, prêts à toute éventualité ; mais ce ne sont à chaque fois que de fausses alertes qui renforcent la conviction du Duc qu'il n'y aura pas d'offensive ennemie dans l'immédiat. Or, contrairement à ce que croit Charles, une puissante armée ennemie est là tout près, embusquée dans le bois de Morat, prête à attaquer. Elle se compose de 20 000 montagnards suisses, renforcés par 4 000 fantassins des villes d'Alsace et de Souabe et d'une importante force de cavalerie avec 1 800 chevaliers autrichiens et lorrains emmenés par René de Vaudemont, ex-duc de Lorraine (son duché a été annexé l'année précédente par le Téméraire !). Le 22, profitant du fait que l'armée bourguignonne reste dans son camp au lieu de se déployer sur sa ligne de défense, les capitaines suisses décident de lancer un assaut immédiat sur l'aile droite ennemie. Celui-ci se déclenche en début d'après midi, alors que les Bourguignons s'apprêtent à déjeuner. Les Confédérés, suivant leur tactique habituelle, attaquent en trois profondes colonnes de fantassins. Bien que l'effet de surprise soit total chez les Bourguignons, ceux-ci réagissent rapidement, notamment les défenseurs du Grünhag qui soumettent à un tir nourri les Suisses, leur infligeant de lourdes pertes et ralentissant un instant leur progression. Mais pris de flanc, combattant à un contre cinq, les Bourguignons sont rapidement submergés et les Confédérés se déversent sur le plateau en direction du camp ennemi, sans prendre le temps de se regrouper. Les deux autres colonnes suisses arrivent à leur tour au contact et se dirigent vers le lac pour refermer la nasse. Mis à part les défenseurs du Grünhag, les seules autres troupes en ordre de bataille lorsque l'armée confédérée attaque, sont les unités italiennes faisant le siège de Morat. Mais une sortie opportune des défenseurs de la ville, bien que finalement repoussée, les empêche de se porter au secours de leurs camarades. Devant l’avancée irrésistible des fantassins suisses, l'infanterie du Téméraire ne tarde pas à lâcher pied et à s'enfuir. Lors d’une ultime contre-attaque, les gendarmes des compagnies d'ordonnance et de la garde ducale, avec Charles et le prince d'Orange à leur tête, mettent en déroute les chevaliers lorrains, avant d'être à leur tour obligés de se retirer devant les piquiers suisses. Le piège se referme sur le gros de l'infanterie bourguignonne, coincée entre le lac, les défenseurs de Morat, et les Suisses victorieux. Fidèles à leur tradition, les Suisses n'offrent pas de quartier et 8 000 Bourguignons périssent massacrés ou noyés. Seuls 410 Confédérés sont tombés, la plupart devant le Grünhag. Jamais l'armée bourguignonne, pas plus que son chef, ne se remettra de cette défaite. Celle qui sera détruite quelques mois plus tard devant Nancy, le 5 janvier 1477, menée par un Charles le Téméraire à moitié fou (et qui tombera lors de cette bataille sous les coups d'une hallebarde suisse), n'est plus que le pale reflet de la brillante armée décrite dans les ordonnances de Lausanne et qui a été balayée à Morat. Cette bataille, outre la fin de l'expansionnisme bourguignon, marque également la fin d'une époque. L'armée médiévale, où la clef de voûte est le chevalier et dont le gendarme d'ordonnance bourguignon est l'évolution ultime, a définitivement vécu. L'ère s'ouvre désormais sur les armées de la Renaissance, où le fantassin est le vrai maître du champ de bataille, le chevalier n'étant plus qu'un auxiliaire de luxe.

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